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Microfinance et finance solidaire en Palestine

Dominique Lesaffre , responsable géographique à la SIDI (Solidarité internationale pour le développement et l’investissement, donne à EspaceFinance une analyse de la « microfinance en contexte de crise » dont je livre ici un résumé. La SIDI est une société filiale du Comité catholique contre la faim et pour le développement, spécialisée dans le financement de micro-entreprises dans le Tiers-monde.

La microfinance s’est développée en Palestine grâce à des professionnels qui adhèrent aux pratiques de transparence préconisées au plan international. Les principales institutions locales, sont ACAD, qui a commencé en 1990 le crédit productif en zones rurales, ASALA spécialisée dans le crédit solidaire pour femmes qui entreprennent notamment à Gaza et FATEN qui fait du microcrédit urbain.

Ces institutions de microfinance (IMF) font face à des risques liés à l’environnement politique, appelé ici risque contextuel. Plusieurs facteurs sont identifiés : des producteurs ruraux ne peuvent écouler leur production du fait du bouclage de la Palestine ; le grignotage du territoire réduit les espaces de production ; enfin, le boycott international a paupérisé les agents de l’Autorité nationale palestinienne, réduisant au passage leur capacité à fournir des garanties personnelles que les IMF sont contraintes d’exiger de leurs clients.

La combinaison de toutes ces causes a contraint les IMF de Palestine à cesser leurs opérations de portefeuille depuis le premier semestre 2006. Or une IMF qui ne travaille plus, disparaît.

Pour y remédier en partie, il a fallu concevoir et mettre en place un système qui couvre strictement et exclusivement les effets de la réalité contextuelle auxquels font face les IMF de Palestine. La SIDI et deux de ses partenaires, UnSolMon en Espagne et Banca Etica en Italie ont mis en place un instrument de garantie de portefeuille actionné par un organe local indépendant qui qualifie les motifs des impayés.

Les impayés qui ne sont pas strictement imputables aux causes contextuelles ne sont pas couverts par le système de garantie. La garantie et l’indemnisation du prêteur repose sur la fourniture de preuves : entreprises détruites suite à une opération militaire, confiscation de terre, champs d’oliviers rasés, entrepreneurs emprisonnés pour des raisons politiques plus de deux 2 mois, entrepreneurs ou des membres de leur famille tués dans une opération militaire, couvre-feu de longue durée. 

Ce travail permet de mettre en perspective la différence entre la microfinance et la finance solidaire. La microfinance, ce sont des services financiers fournis par un opérateur qui évalue son risque et en cherche les moyens de sa couverture. La finance solidaire est l'articulation et la mise en mouvement de toute une série d'acteurs. 

Selon Dominique Lesaffre , « la microfinance dit souvent : « Là ce n'est pas possible de travailler, car c'est dangereux ou trop risqué, nos indicateurs souffriraient trop, on nous mettrait D ou E dans un rating lambda »... La finance solidaire dira plutôt : si c'est dangereux, c'est qu'il y a des défis à relever... »

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