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Même si on est « orienté social », on peut vouloir des maisons de l'emploi « orientées entreprises »

Les clubs Partenaires pour agir du Nord Pas de Calais et d’Île de France ont réuni le 24 octobre 2006, 120 personnes à Lille pour un débat sur « les maisons de l'emploi et les projets de territoire ». Les discussions ont été particulièrement intéressantes, et nous y reviendrons dans les jours qui viennent.

Le thème principal des échanges a été le dialogue social territorial.

Pierre de Saintignon , vice-président du conseil régional du Nord Pas de Calais, a rappelé l’ancienneté de la tradition du débat paritaire, au sein des comités de bassin d’emploi par exemple. Ayant entamé un tour de France, il remarque la variété des modèles de maisons de l'emploi. Elles vont, selon lui, des plus structurées, comme celle que la ville de Lille prépare, au totalement virtuel, à l’instar de certaines maisons bretonnes.

Le vice-président du conseil économique et social régional, Jean-Pierre Laviéville, s’est inquiété de ce que les deux-tiers des jeunes formés dans la région la quittent à l’issue de leurs études. Évoquant l’hypothèse que la France compte jusqu’à 500 maisons de l'emploi, si tous les projets locaux voient le jour, Jean-Pierre Laviéville, qui est également président du club Partenaires pour agir du Nord Pas de Calais s’est interrogé sur la pertinence des territoires de ces structures.

La construction des pays, voulue par la loi Voynet , n’est plus soutenue par l’État, indique Martine Buron , présidente de Cime. Pourtant, les conseils de développement ou comités de bassin d’emploi ont été porteurs de projets de territoire. Il est important que les acteurs locaux puissent interpeller les élus.

Pour Francis Morin , directeur de l’École des territoires (hébergée par la Bergerie nationale de Rambouillet), on peut être « prédateur » en étant acteur. Il y a une différence importante entre le dialogue social stricto sensu, qui produit de la norme, et le dialogue social territorial, qui conduit à l’action. La pérennité du dialogue social territorial ne peut exister que s’il ne se confond pas avec un rôle d’opérateur. L’autonomie des acteurs sociaux doit être respectée.

La différence entre dialogue social (entre partenaires sociaux) et dialogue sociétal (comme au sein des comités de bassin d’emploi, des conseils de développement ou des conseils économiques et sociaux) est importante pour Évelyne Merchez, syndicaliste Force ouvrière. S’interrogeant sur la place des représentants des salariés dans les maisons de l'emploi, elle y voit une intéressante perspective, à condition de ne pas menacer les instances de dialogue existantes.

C’est le délégué général du Medef Lille Métropole qui a exprimé le point de vue le plus orginal. Thierry Lepers, reconnaissant qu’il était peut-être plus « orienté social » que les autres structures patronales, a revendiqué des maisons de l'emploi « orientées entreprises », à l’image de celle du pays d’Artois à Arras (Pas de Calais).

Ancien responsable des missions locales, Michel Abhervé, professeur associé à l’Université de Marne la Vallée (Seine et Marne) a fustigé l’absence de prise en compte de la formation initiale par les maisons de l'emploi. Mettant l’accent sur le rôle et la formation des élus de responsables de ces structures, celui qui est aussi un dirigeant des employeurs de l’économie sociale a réclamé « un peu de dialogue social interne ».

Le président de la Fonda (fondation pour la vie associative), le sociologue Jean-Pierre Worms , a différencié les notions d’emploi et de chômage ; une maison de l'emploi doit s’intéresser au contenu de l’emploi, à ses conditions d’exercice comme à son évolution. Pour lui, le territoire n’est pas un espace géographique, mais un lieu de confrontations et de partenariat, que l’on doit s’approprier. Jean-Pierre Worms , qui est aussi vice-président de France Initiative réseau, a plaidé pour que l’on ne cherche pas à influencer les acteurs économiques et sociaux avec les politiques nationales de l’emploi mais qu’on les considère comme de légitimes coproducteurs. Pour Jean-Pierre Worms , la plupart des initiatives importantes pour l’emploi sont nées de citoyens concernés, engagés dans la vie associative, avant d’être reprises dans des politiques publiques.

Les clubs Partenaires pour agir rassemblent des élus, des responsables administratifs, des chefs d’entreprises et des syndicalistes. La manifestation était co-organisée par Cime, en coopération avec l’INDL (Institut national du développement local, Agen), l’Association pour la fondation des pays (APFP). Le conseil régional, la DIACT (Délégation interministérielle à la compétitivité des territoires, ex-Datar), le Fonds européen de développement régional et la Caisse des dépôts.

 

  Pierre de Saintignon, vice-président du conseil régional Nord Pas de Calais 

 

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