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J’ai déjà présenté le site Evaluer la microfinance que met en ligne Benoît Granger, enseignant à l’école de la création d’entreprise de la chambre de commerce et d’industrie de Paris (Advancia).
Le langage de Benoît Granger nécessite souvent une bonne connaissance de ce secteur, mais la profondeur de la réflexion vaut souvent qu’on se penche de près sur les articles.
Ainsi en est-il d’un article du 8 septembre 2009, au titre obscur, Sur les évaluations d'impact de la Microfinance : manque de preuves, dit Roodman. mais ça va changer avec les nouvelles méthodes (vive la Randomista !).
Notre spécialiste de la microfinance fait écho aux travaux de l’économiste américain David Roodman au sujet de l’impact du microcrédit sur la vie des pauvres : certains d'entre eux sont-ils devenus plus riches ?
Benoit Granger remarque que, à cette question, « la réponse est : rien de certain. On n'arrive pas à le prouver ». Là où l’opinion de l’ancien directeur de la Société d’investissement France active est originale, c’est qu’il estime que ce résultat « n'influera pas beaucoup l'univers de la microfinance, sauf à la marge. »
Il y voit « deux raisons totalement contradictoires ». La première se situe « du coté des investisseurs : ça y est, ils sont sur le marché ; et ils ont suffisamment de recul pour savoir ou mettre leur argent, dans la microfinance rentable et profitable !... Donc le fait de savoir si ça enrichit d'autres qu'eux est secondaire ! »
La seconde raison est « du coté des opérateurs : pour ceux qui sont un peu stratèges, ça leur permettra de remettre en perspective ce qu'est; réellement, leur métier. Est-ce de fournir de l'argent à des gens ? Ou bien est-ce de fournir des signaux à une société locale (du type j'ai confiance dans M. Untel et Mme Unetelle : tout le monde est prévenu !) »
Pour Benoit Granger, la microfinance serait « beaucoup plus une fabrique de liens sociaux qu'une activité financière au sens strict... »
Précisant qu’il travaille actuellement sur les réseaux français de microfinance, l’enseignant assure que dans les déclarations des uns et des autres, il détecte ceci : « En fait, l'argent, on l'aurait trouvé, d'une façon ou d'une autre. Mais le parrainage, l'échange, la confiance, les tuyaux par les pairs, tout ça, on aurait mis des années à l'acquérir. »
Benoit Granger, rappelant que le numéraire, c'est de la confiance en papier, emprunte sa conclusion à Dostoïevski : « L'argent c'est de la liberté frappée ».