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Je poursuis ici ma reprise des points saillants des interventions au cours de la rencontre « Quelle organisation territoriale pour l'emploi et l'insertion ? » organisée à Rennes dans le cadre du Grenelle de l'Insertion (29/04/2008) dans les locaux de l’Institut régional du travail social de Bretagne (IRTS). Voir mon article du 30/04/2008 : Martin Hirsch veut un monde de « Oui-oui ».
Procédant à un état de lieux institutionnel, Olivier Mériaux, chercheur à l’Institut d’études politiques de Grenoble s’interrogeait : comment simplifier et mettre en cohérence les acteurs locaux de l'emploi et de l'insertion ? Il a regretté « une réponse technique à des questions politiques ». Pour Olivier Mériaux, utilisant le droit social comme stroboscope législatif, on a un « polycentrisme non coordonné » qui se révèle être un « bazar très coûteux ». Le chercheur a opposé les politiques nationales marquées par des incitations financières aux initiatives locales, dont le point fondamental est l'animation de réseaux locaux. Il a souhaité engager un travail de fond sur la réalité du travail d'accompagnement.
Une table ronde a permis de mettre en débat des modèles de gouvernance et d'organisation locale, à commencer bien sûr par celle de la puissance invitante, la maison de l'emploi, de l’insertion et de la formation du bassin de rennes (MEIF).
La directrice déléguée de l’Anpe pour le bassin, Marie-Laurence Eglizeaud, a montré le dynamise du territoire en matière d’emploi, avec une forte amélioration de la situation des publics prioritaires et un taux de chômage réduit (5,5%), la concentration des phénomènes d'exclusion se faisant sur un petit nombre de personnes. Marie-Laurence Eglizeaud a décrit comment, à la faveur de l’ouverture d’un magasin Ikéa prévu en novembre 2008, un « processus collaboratif massif » s’est mis en place début avril, pour préparer les 240 recrutements à partir de l’identification de 2 300 personnes, pas toutes demandeuses d’emploi, pouvant être éventuellement intéressées.
Gwenaële Hamon, présidente de la MEIF de Rennes a rattaché sa structure, qui fonctionne en réseau, à l’histoire du conseil de développement, le Codespar, qui reste un élément essentiel pour observer et dans lequel la présence des entreprises et des acteurs sociaux est importante. Parmi les projets communs, elle a cité le volet emploi du plan local de l’habitat (PLH) de l’agglomération rennaise, grâce auquel 50 Rmistes sont devenus maçons.
Également vice-présidente de l’agglomération et adjointe au maire de Rennes (Ps), Gwenaële Hamon, a mis en avant la nécessité d'une fongibilité des enveloppes des aides à l’emploi et à la formation pour dépasser la question des statuts des personnes. Elle a en particulier pointé la difficulté de monter des politiques territoriales de formation en lien avec l'insertion et l'emploi pour certains publics, pour lesquels les acteurs locaux n’ont pas le droit d’intervenir.
Robert Jestin, vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie de Rennes, a analysé qu’il fallait accueillir des personnes compétentes si l’on voulait avoir des entreprises compétitives. Il s’est plaint des délais nécessaires pour lancer des initiatives : pour monter un groupement d’employeurs pour l’insertion et la qualification (Geiq), il a fallu un an et demi, « ce n'est pas le temps de l'entreprise. »
Changeant de perspectives territoriales, Dominique Van Keirsbilck, directrice de la maison de l'emploi du Grand Nancy, a situé sa structure comme ciblant la communauté urbaine, pas le bassin. Portée par le PLIE (plan local pour l’insertion par l’activité économique), la maison de l'emploi lorraine est un guichet unique accompagné de 19 antennes Elle accueille l’Anpe, le Plie, la mission locale, les trois chambres consulaires, l’Afpa, l’Agefiph, etc. Dominique Van Keirsbilck a constaté qu’il y avait trois associations pour gérer la maison de l'emploi, le Plie et la mission locale, mais relevé qu’elles avaient les mêmes président et directrice. La fusion des trois structures est envisagée ; pour la maison de l’emploi et le Plie, ce devrait être le cas fin 2008 et pour la mission locale ce sera à plus long terme. La maison de l'emploi organise dans l’année 20 chantiers d'insertion, dont certains sont couplés avec de la validation des acquis de l’expérience (VAE).
Pour le directeur de la maison de l'emploi et de la formation de Mulhouse, Dominique Huard, il faut se rapprocher de l'entreprise pour créer de l'emploi. 11 chefs d'entreprises siègent au conseil d'administration de la MEF, qui met en place un « pôle de compétences » sur la consommation énergétique dans le bâtiment, notamment pour la rénovation des logements. Une cartographie des services offerts par la MEF est diffusée sur son site Internet. La maison de l’emploi alsacienne a adopté une approche par besoins, pas par publics.
Concluant la table ronde, Jeannine Guinandie, vice-présidente du conseil général de la Charente, a considéré que, s’il n’y avait pas de maison de l’emploi, c’était par « un choix contraint » lié au dialogue politique compliqué avec la communauté d’agglomération d’Angoulême sur son projet. Faute d’aboutir, le département a mis en place un service départemental d'accès à l'emploi direct visant principalement Rmistes expérimenté. Il est sur Angoulême et le pays rural d’Horthe et Tardoire. Un groupe d'usagers se réunit une fois par mois et un de ses représentants au comité de pilotage de l’opération.
Lors du débat qui a suivi la table ronde, Jean Castel, représentant Cfdt au Codespar, a insisté sur le besoin d'intégrer les politiques de formation dans les stratégies locales pour l’emploi.
Sa consoeur de la Cgt au Codespar, Nadine Morvan, a regretté que l’expérience des comités de liaison d’usagers auprès des Anpe et de l’Afpa ne soit pas prévue pour l’instant auprès du nouvel opérateur public. Elle s’est inquiété que la participation de représentants des salariés aux conseils de développement et autres instances territoriales ne soient pas prises en compte dans leurs droits syndicaux.
Plusieurs représentants d’organismes d’insertion se sont inquiétés de leurs relations avec les acteurs de l’emploi. Pour le représentant de la Fnars en Bretagne, la formation « arrose essentiellement où c'est déjà mouillé » tandis que le dirigeant d’une entreprise d’insertion de Châteaubourg s’est indigné de ne pouvoir financer la formation des chauffeurs qu’il recherche.
Dominique Le Bailly, président de l’Union régionale des entreprises d’insertion (UREI) et vice président du CNEI a mis en avant les « réticences envers les maisons de l’emploi » qui se sont manifestées au sein du groupe Insertion par l’activité économique qui prépare le Grenelle de l’insertion. Pour lui, du fait de situations extrêmement différentes on constate « des iniquités ». Il s’est demandé quelle place était faite aux acteurs de l'insertion dans les maisons de l’emploi, Gwenaële Hamon (MEIF Rennes) leur proposant de devenir des partenaires associés de la MEIF.
Alain Even, président du conseil économique et social régional de Bretagne (CESR) a développé le thème de la « collaboration territoriale entre les partenaires sociaux et les collectivités publiques ». Pour lui, les conseils de développement sont de bons outils pour la concertation de tous, et il faut les valoriser car c’est le triptyque salariés, entreprises, territoires qui assure l’efficacité des politiques. Il a souhaité que l’on unifie et clarifie les dispositifs locaux. Il a proposé un cadre simple, pour permettre l'innovation locale avec une mise en cohérence à l'échelle régionale.
(Dans un dernier article, je conclurais ma reprise des principales interventions lors de cette rencontre du Grenelle de l’insertion à Rennes le 29/04/2008).