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Jacques Attali : la microfinance n'a rien à voir avec l'inclusion des pauvres dans le système financier

Planet Finance organisait une rencontre, le 7 avril 2008, à Neuilly-sur-Seine (Hauts de Seine) sur le thème « Performance financière et performance sociale ? »

Accueillis dans les locaux de Ernst & Young, 45 participants étaient présents à l’invitation de l’organisation non-gouvernementale PlaNet Finance.

Pour Emmanuelle Javoy, directrice de la société de notation Planet Rating, on élabore des indicateurs de performance sociale depuis 4 ans, pour compléter les données financières, mais ils sont moins vérifiés, donc moins fiables.

Membre du secrétariat technique de Cerise, un organisme qui gère le Portail de la microfinance, Cécile Lapenu, a situé le démarche d’une approche sociale dans son institution depuis 2001. Cerise a mis en place un outil standard, SPI (social performance indicators). Il comprend un questionnaire et un guide avec 4 dimensions: ciblage des pauvres, adaptation des services, renforcement des services, responsabilité sociale. Pour Cécile Lapenu la prochaine étape devrait être l’analyse des responsabilités envers l'environnement.

Xavier Reille, expert senior en microfinance auprès du CGAP, un organisme spécialisé dans la microfinance auprès de la Banque mondiale, on assiste à une crise de représentation de la microfinance, avec un problème d'absorption des capitaux disponibles. En 2007, il y a eu un boom économique de la microfinance qui se financiarise et se privatise.

Les banques commerciales font leur entrée sur ce qui devient un marché ; on en compte 18, dont 4 françaises. Toutes les banques ont un projet dans la microfinance, mais logé différemment. Citigroup est innovant comme banque d'affaires pour les institutions de microfinance (IMF).

On assiste aussi à un spectaculaire renforcement des investisseurs colelctifs, comme les fonds de pension mais surtout des fonds ouverts aux individus. 93 fonds sont spécialisés dans la microfinance au plan international dont 17 sont des Opcvm (Sicav notamment). Ils ont été créés pour moitié entre 2005 et 2007. Les 10 principaux fonds sont européens: Procredit (Europe Est), Southeast Europe, Oikocredit (fondé par les églises protestantes)...

On voit également apparaître des plateformes Internet s’adressant directement aux particuliers, comme Kiva.org (voir mon article : ) qui a recruté 25 000 particuliers américains en un an ou Microplace, le site associé à la société de commerce en ligne E-Bay. Jacques Attali, président de PlaNet Finance, a remarqué que Kiva prête avec intérêts, mais que les investisseurs qui croient affecter directement leur épargne à des entrepreneurs du Sud font eux des prêts à 0%.

Xavier Reille a ensuite évoqué l’entrée en bourse de Compartamos, une institution mexicaine de microfinance qui compte 60 000 clients, introduite en bourse à New York et Mexico en avril 2007. La vente des actions a rapporté plus de 50 millions de dollars aux deux fondateurs. Voir l’étude de cas proposée sur le Portail de la microfinance.

Sur les questions financières, Xavier Reille estime la moyenne des taux d'intérêts consentis par les IMF à 26%, mais pas tous transparents et avec des écarts importants (80% pour Compartamos). Les objectifs des agents de crédit et des dirigeants restent essentiellement financiers. Il a noté une évolution du Cgap et d’autres institutions sur la notion de taux d'usure, longtemps jugée contreproductive, mais qui peut être utile dans le contexte réglementaire à construire dans les pays en développement.

M. Jacques Attali, s’est inquiété de la baisse de l’assistance technique aux IMF, qui crée un risque joint à la montée du financement privé. Il a conclu en assurant que « la microfinance n'a rien à voir avec l'inclusion des pauvres dans le système financier ». Pour lui, on a besoin de mesures, d'éthique et d'institutions.


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